15 juin 2009

Episode 7

Prison Break


                 Les traits de lumière verte se succèdent au dessus de ma tête tandis que nous avançons. Je me fais la remarque que ce type d'éclairage a la particularité d'être cru tout en prodiguant une impression de lumière blafarde à la morne coursive. Quelques jappements issus des cellules alentours me signifient que mon déplacement est remarqué, et que je suis plutôt apprécié de mes codétenus. Toujours escorté par ma douzaine de gardiens enCRSisés, je descends les escaliers pour me retrouver au milieu de la "rue" bordée de cellules dont les occupants saluent mon passage avec force hurlements, sifflements et gestes plus ou moins obscènes à l'intention de mes accompagnateurs. Au bout, un sas. On m'engage dans un couloir plus étroit. Les hommes ne peuvent plus m'encadrer comme dans la rue. Serait-ce ma chance ? Je n'ai pas le temps d'aboutir cette réflexion, nous nous arrêtons devant une porte, que le maton en chef déverrouille. Dans la pièce éclairée à la lumière du jour par une sorte de ventail placé très haut et lardé de métal entrecroisé, ne se trouvent que deux chaises et une table scellée au sol. Je me vois menotté à l'un des pieds de le table, tandis que s'ouvre le porte me faisant face. Entre un homme, le cinquantaine encore fraîche, Armani, Rolex, coûteux escarpins italiens, et attaché-case en cuir noir et dorures. La coiffure est au cordeau, il dégage la riche austérité qui caractérise les spécialistes du droit des affaires. Il me semble d'ailleurs l'avoir déjà croisé dans mon ancienne vie. Pourtant, si j'ai bien compris, on va me mettre le carnage de chez moi sur le dos. Sans un mot, me dardant de son regard bleu à travers ses fines lunettes sans monture, il s'assied et m'invite d'un signe de la main à l'imiter. Je prends place. Il se racle la gorge et prend enfin la parole :
  -  Bonjour. Je me présente : Louis-Michel Bruyères. Je tiens en préambule à vous signifier que nous sommes tous très heureux de vous retrouver vivant.
  -  On se connaît ?
  -  Nous nous sommes croisés deux ou trois fois quand vous travailliez pour OmniTech. J'étais alors avocat de la maison mère.
  -  Et aujourd'hui ?
  -  Disons que j'ai rejoint le cabinet d'un ami et que je m'occupe exclusivement de votre cas, épineux s'il en est, et ce à plus d'un titre...
  -  Parce que je devrais être mort ? lançé-je brusquement.
  -  C'est bien le moindre des mystère. Il s'agit surtout du fait qu'après votre disparition de l'hôpital, la nuit a été émaillée de faits pour le moins troublants, bruits de coups de feu, explosions, pour finir chez vous où l'on vous a retrouvé, une arme fumante à la main, non loin du cadavre, fumant lui aussi, d'un homme dont la tête ne dira plus rien à personne et dont les empreintes ne sont répertoriées nulle part.
  -  Ah, j'ai donc été agressé par le Salopard Inconnu. Mais vous, que venez-vous faire là ? Je crois bien avoir démissionné d'OmniTech.
  -  En effet. Mais le fait que vous avez toujours travaillé dans le domaine de l'armement pourrait pousser un policier étroit d'esprit ou un juge d'instruction en mal de couverture médiatique à faire un lien entre la fabrication d'armes à feu et leur utilisation, vous me suivez ?
  -  Je crois, oui.
  -  Outre votre défense, je suis aussi chargé de veiller à la confidentialité de certaines informations auxquelles vous avez eu accès, ainsi qu'à certaines activités auxquelles vous vous êtes livrées. Que leur avez-vous dit lors de la garde à vue ?
  -  Juste ce qui se rapportait à ma maison en ruine et au macchabée que j'ai fabriqué, par légitime défense. Il sera vite établi que ses empreintes se trouvaient aussi sur le...
  -  Là n'est pas la question ! m'interromp-t-il
  -  Ah ? Il me semble bien, moi, pourtant ! rugis-je. Vous en savez plus long que moi ?!
  -  Cela se pourrait bien. Dans tous les cas, ce n'est pas ici que nous en discuterons. Vous avez conservé le petit présent que nous vous avons fait parvenir dans votre cellule ?
Je hoche la tête. L'évocation du petit automatique me rappelle son contact contre mon aine, qui a réchauffé le métal de l'engin.
  -  Qu'attendez-vous pour l'utiliser, alors ? me lance-t-il.

                            Je sors l'arme de mon caleçon et l'examine à la lumière. Walter PPK. Ils ne se sont pas moqués de moi. Je braque alors mon regard sur le pied de table auquel est attaché le deuxième bracelet de mes menottes. Un bon coup de pied bien ample et la soudure qui assujettissait le plateau au montant cède. Libre de mes mouvements, je me rue sur l'avocat et lui colle le flingue sur la tempe en beuglant. La réaction ne se fait pas attendre. La salle est immédiatement investie par la cohorte de gardiens qui attendaient au-dehors. Je m'amuse de l'ébahissement du gardien-chef, qui a les yeux braqués sur le pied de table déformé affichant un angle de trente-sept degrés avec le sol, au lieu des fiers quatre-vingt-dix habituels. Il n'a toujours pas compris que je suis super-fort, celui-là ? Hésitants, ils se placent maladroitement en arc de cercle autour de moi et de ma présumée victime.
- Bougez pas, bande de nases ! crié-je. Un mouvement qui me plaît pas et j'éclate le tête de M. Technocrate ici-présent !
- OK, ok, t'énerve pas, me lance le moins sidéré des gus.
- Parfait. Toi, le gros, passe le trousseau de clés à M. Quatre-épingles.
Les sésames fendent l'air, scintillent brièvement en traversant le rai de lumière avant que la main de l'avocat se referme sur eux.
- Maintenant, tirez-vous.
Les secondes suivantes sont comme suspendues, pas même un souffle ne vient troubler l'immobilité du tableau. Tous sautent au plafond quand la détonation retentit. Un éclat de mur rebondit contre la ranger du garde le plus à gauche face à moi. Les regards des gardes se détournent du gros impact et convergent vers la gueule de mon canon fumant, que je recolle contre la joue du juriste. Il ne parvient pas à réprimer un petit cri sous la morsure du métal brûlant. En un éclair, tous en face réagissent. Comme un seul homme, ils se précipitent hors de la pièce. Nous sortons par l'autre porte.


Posté par JoeCrocodile à 17:05 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Episode 7

    Oh jouissance, tu ne nous a point abandonnés. Louons le grand Caïman.

    Posté par wally, 23 juillet 2009 à 19:51 | | Répondre
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