10 novembre 2008

Episode 2

Cassé ?

 

 

            Brutalement, je reprends conscience. Mon réveil n’a pas sonné. Merde, je dois être à la bourre au boulot. Je cherche à me renseigner sur l’heure. Je ne peux pas. Il fait noir ici. Merde, qu’est-ce qui ce passe ? Je suis comme gainé de plastique. Etre aussi perplexe au réveil a quelque chose de comique. Merde, mais c’est quoi, ce bordel ?! Un instant, je panique. On est en train de m’enlever, on doit demander une rançon à ma femme. Avec le pognon que je me fais par an, ce ne serait pas étonnant. Mais comment m’ont-ils cueilli ? Je lutte pour me souvenir. Etait-ce à la sortie du boulot ? Ou selon la méthode de car-jacking, quand j’étais au volant de mon Alpha-Roméo flambant neuve ? Mon coupé sport. C’est ça. Enfin, le souvenir de ma dernière course me traverse violemment comme une décharge de cent mille volts. Je me suis explosé contre un semi. Je devrais être mort, logiquement. Pourtant, je n’ai aucune douleur, je peux bouger tous mes membres, j’ai même l’impression d’avoir une acuité sensorielle plus fine qu’à l’accoutumée. Peut-être que c’est ça, la mort, finalement. L’impression qu’on flotte dans un sac en plastique. Le bien être du corps comme jamais. Je commence à douter quand j’entends le bruit d’un diesel couvert part une sirène à deux tons. Une sirène et un moteur, ça ne fait pas très « purgatoire ». Dans le style, ça fait un peu plus « ce bon vieux bas monde ». Le bruit de sirène s’estompe, me laissant dans le noir et le silence. En tendant un peu l’oreille, je m’aperçois que ce n’est pas le silence. J’écoute, avec l’impression de balayer les alentours comme un faisceau. Bruit de chauve-souris à sept heures, lointain bruit de circulation à trois heures. A onze heures, des gémissements, des injonctions autoritaires, des bruits de roulement. On dirait un hôpital. A six heures, juste derrière moi, une radio annonce une urgence dans un crachotement grésillant. Je me saisis des parois du sac et le déchire en un mouvement violent. Je me trouve bien dans une ambulance. Je m’examine. Je suis en pleine forme. Je jette un œil à travers la vitre arrière du fourgon. Personne. L’ambulance est garée devant la morgue. Je commence à penser qu’il y a un gros, un très gros truc qui déconne. J’ouvre la porte arrière. Je jette à peine un regard aux alentours, persuadé que je suis que la voie est libre. Je ne rencontre en effet aucune difficulté à m’éclipser.  Dans la douce clarté que prodigue une Lune presque pleine, je serpente entre les pavillons du site hospitalier en évitant la route, trop éclairée à mon goût. J’atteins enfin le bois qui borde le dernier pavillon. Je m’y enfonce en courant comme un dératé. J’ai l’impression d’en ressortir presque aussitôt. Je ne suis pas essoufflé. Je m’arrête soudain. Je n’ai pas la moindre altération dans la respiration susceptible de trahir une course aussi effrénée. J’ajoute mentalement le fait que mes sens ont une acuité incroyable et tout simplement le fait que je devrais être à la morgue à l’heure qu’il est. Il y a vraiment un truc qui déconne quelque part.

Je fuis. Je fuis quoi, au juste ? Je fuis l’hôpital. Dans mon état, il ne fait pas bon traîner au milieu de scientifiques tant que je ne sais pas ce qu’il m’arrive. Mais, du coup, je fais quoi ? Subjugué par cette question à laquelle je ne parviens pas à trouver le moindre début de commencement d’une réponse, je reste debout sur le bord de la route. Le ronflement du moteur d’un véhicule en approche me tire de ma stupeur. Je plonge aussitôt dans le fossé. Un fourgon noir entre dans le virage tous pneus crissant. Il me dépasse, et pile dans d’impressionnantes volutes de caoutchouc brûlé. Quatre hommes harnachés à la dernière mode Mad Max se ruent hors du van, armés jusqu’aux dents. De fusils mitrailleurs en Desert Eagle dans un holster de poitrine, ils sont bardés de quincaillerie à se demander comment ils font pour marcher. Le plus costaud porte même une mitrailleuse, du genre des énormes engins tchèques qui se chargent par le dessus. Divers couteaux et autres armes plus ou moins blanches complètent cet attirail à faire pâlir le plus endurci des légionnaires. Ils se concertent d’un regard, et s’enfoncent dans le bois par lequel je suis arrivé, courant avec une indécente facilité au vu du poids de leur matériel. Je suis tellement saisi par le spectacle que je prends tardivement conscience que je n’ai pas esquissé le moindre mouvement après m’être tapi dans le fossé. Je m’en félicite, et laisse passer quelques instants avant d’oser me relever à demi. Je m’élance alors dans la direction diamétralement opposée à celle qu’ont prise les quatre Rambo. Détalant comme un lapin, j’entends quand même un bruit qui commence à m’être diablement familier : encore un crissement de pneus. Cette fois, il est suivi de très près par une monstrueuse déflagration. Des coups de feu s’enchaînent ensuite, leur bruit décroissant à mesure que j’avance. Je crois reconnaître les intonations assez sèches de la mitrailleuse, avant que le vent, les arbres, la distance et le dénivelé ne me coupent du fracas guerrier des activités nocturnes de je ne sais quels paramilitaires en goguette. Je devrais être mort et je n’ai jamais été aussi en forme, et, à présent, des mecs se font une petite guerre sur une départementale… Je dois rêver, ou quelqu’un m’a drogué. Pour l’heure, je décide que je m’en fous. Les branches basses me fouettent le visage, mais je sais que chaque arbre que je dépasse me rapproche de mon seul point de repère tangible : mon chez-moi avec ma petite femme qui m’y attend et qui, sans nouvelles de moi aussi tard dans la nuit, doit être morte d’inquiétude.

serieZep02lavgomptit
 

 

Posté par JoeCrocodile à 18:18 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Episode 2

    Je serais curieux de connaître la suite, tu nous livre des fins d'épisodes à l'américaine.

    Un confrère à sang froid

    Posté par Wali l'aligator, 11 novembre 2008 à 14:08 | | Répondre
  • moi, je ne vois pas (encore) le rapport entre les mésaventures du héros "mort mais pas mort mais mieux vivant qu'avant sa mort" et la fusillade... Deux mystères, donc... Vivement la suite !

    J'aurais pu mettre "vivement Lundi", mais on m'aurait accusé de plagier une désastreuse et vieille série devant laquelle j'ai perdu trop de mon enfance...

    Posté par Tyef, 11 novembre 2008 à 18:55 | | Répondre
  • rien? pourtant on est lundi... c'est un scandale

    Posté par mm, 17 novembre 2008 à 15:17 | | Répondre
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