05 novembre 2008

Episode 1

Code de la route


Le nez en l’air, je regarde fixement la longue traînée blanche qui déchire la pureté de l’azur par ailleurs immaculé. Le gros porteur auteur de la marque a disparu depuis longtemps, ne laissant que cet affront blanc au dense outremer. Reprenant mes esprits, je braque une énième fois mon regard vers ce satané feu qui persiste à imprimer des reflets rouges sur le pare-brise des véhicules qui me suivent. Plus pour chasser l’ennui que pour véritablement m’échauffer, je donne un coup d’accélérateur. Le doux son du moteur de mon Alpha Roméo m’incite à recommencer. L’harmonie sonore parfaite du moteur italien est rapidement troublé par le son aigu de ce qui doit être un moteur de japonaise. Un coup d’œil à droite. A la même hauteur que moi, une Honda Civic type R me nargue en poussant le régime à une hauteur qui caractérise les moteurs construits par le fabricant de motos. Parfait. S’il me cherche, lui, il va m’avoir. Je commençais à trouver le temps long, seul à mon feu rouge, avec encore une trentaine de kilomètres avant de rejoindre mes pénates. La fin de journée est calme, la circulation clairsemée, les chevaux vont pouvoir s’exprimer à plein. Je savoure d’avance le bond que ne manquera pas de faire ma sportive quand j’embraierai la première à quatre mille cinq-cents tours/minute .

Le feu bascule enfin. En un double hurlement, chacune des mécaniques propulse nos huit roues qui déposent leur signature sur l’asphalte. Les dents serrées, je constate qu’il a pris un meilleur départ que moi. La portion de route qui se profile sous nos yeux est relativement droite, je devrais pouvoir rattraper mon retard, considérant le fait que je suis doté d’une propulsion, plus efficace qu’une traction à puissance égale. Pied au plancher, j’aperçois le feu sur lequel j’arrive se teinter d’orange. Ni moi, ni l’autre n’avons le moindre mouvement pour ralentir. Le feu n’est plus mûr, mais blet quand nous le franchissons. Il est toujours devant moi. L’accélération des moteurs capables de très hauts régimes est vraiment redoutable. Autour de nous, les habitations se font de moins en moins denses à mesure que nous nous éloignons rapidement du centre-ville. A très haute vitesse, je commence enfin à sensiblement réduire mon retard. Il va être très difficile de le dépasser, à présent que nous sortons de l’agglomération et que la route serpente de plus en plus. Je constate que mon adversaire ne me facilite pas la tâche en prenant ses virages très proprement. Trop gourmand, j’arrive un peu vite dans le virage suivant, qui s’avère plus sec qu’il n’y paraissait. Je freine à bloc, et sens mon train arrière perdre adhérence. Je suis au bord du tête-à-queue quand je contrebraque in extremis. L’arrière de l’Alpha revient, mais je dois contrebraquer encore pour reprendre totalement le contrôle de l’engin. Je m’arque-boute sur l’accélérateur. Les roues arrière ont repris du grip, je rebondis. De retour dans la course, reprendre à l’adversaire l’avance que mon erreur a occasionnée ne va pas être simple. Il s’avère en effet bien plus coriace que je ne l’avais cru de prime abord. Je vais chercher chaque dixième de seconde avec les dents. J’utilise toute la largeur de la chaussée, audace qui me permet de voir ses feux arrière jusqu’à pouvoir lire le « type R » en relief sur le côté droit du hayon. Complètement défoncé à l’adrénaline, je profite de l’aspiration pour déboîter et tente un dépassement. La ligne droite qui se profile devant nous est courte, mais je me dis que je l’enquillerai dans l’intérieur du virage à gauche suivant. Le risque est grand, mais dépasser ce trou du cul dans le hurlement et les vibrations de la mécanique a quelque-chose d’extrêmement jouissif. Au moment du freinage, juste avant l’entrée du virage, mon capot dépasse le sien. Je suis large. A la sortie de la courbe, je n’aurai plus qu’à me rabattre, devant lui. Je suis concentré sur le point de corde quand je prends conscience qu’il est obstrué par un énorme semi-remorque. Les récepteurs synaptiques déjà sursaturés d’adrénaline, je ne parviens même pas à avoir peur. Je n’ai de toute façon pas le temps de crier. Dans un fracas épouvantable, le raz de marée de douleur qui me traverse s’éteint très vite, et le regard sur mon pare-brise disloqué, je sens ma conscience se fissurer. Je n'ai plus alors de sensations physiques, et ma pensée est bloquée sur les éclats de verre encore sertis sur le joint tordu du montant de portière quand ma vision me trahit. Plus aucun de mes sens ne fonctionne plus alors, et, déjà jeté dans les ténèbres, enfin, je sombre.

alpha02petit

Posté par JoeCrocodile à 15:27 - Commentaires [8] - Permalien [#]


Commentaires sur Episode 1

    Suite à ton mail j'espérais tomber sur un blog avec plein de photos des pudukettes que tu as tant photographié... Tant pis...

    Il ne me reste plus qu'à suivre avec délectation les aventures qui commencent bien mal d'ailleurs d'un héro sans nom.

    En tout cas je parie qu'il n'est pas mort, sinon tu ne pourrais pas faire un feuilleton.

    Posté par Grand Ju, 05 novembre 2008 à 20:39 | | Répondre
  • la suite la suite la suite la suite la suite Flo, ne nous fait pas languir ainsi... il nous faut surtout la saison 4 au plus vite!
    Bonne inspiration... bises

    Posté par mm, 05 novembre 2008 à 20:52 | | Répondre
  • au passage... très belle illus' bien que peu ressemblante. Certes la représentation de ta nouvelle coupe de cheveux est actuelle mais le bordel de ta piaule est bien largement minimisé... genre: une chaussette qui traine. Ahahahahaha, même pas crédible!

    Posté par mm, 05 novembre 2008 à 20:58 | | Répondre
  • trop bonne idée!!! t'as géré le blog, trop cool!
    moi je connais un peu la suite

    Posté par lydiewinnie, 05 novembre 2008 à 22:16 | | Répondre
  • Je me disais bien que tu passerais à la plume d'à côté un jour ou l'autre. Bah, la suite!!

    Posté par Yo, 05 novembre 2008 à 23:23 | | Répondre
  • cool !

    J'aime bien le style, j'aime bien l'histoire, j'aime bien tout, en fait...
    Petit bémol, l'illus vient un peu tard. Mais où la placer autrement ? Surtout pas au milieu de l'action (je me suis agrippé à mon écran tellement j'étais dedans). Peut-être au moment de relative pause, quand on s'aperçoit qu'on sort de la ville... C'est à voir !
    En tout cas oui, j'ai hâte de lire la suite !
    Ne me fais pas le coup de laisser tomber !

    Posté par Tyef, 06 novembre 2008 à 11:48 | | Répondre
  • Alors... avec toute l'objectivité qui me caractérise, comme toujours en ce qui te concerne, je suis encore une fois très fan ! Bon... à la multitude de détails mécaniques, on sent bien que c'est écrit par, euh... un mec, quoi. Alors mets-toi au boulot plus vite que ça pour la suite !
    Tendres baisers sur ton front.

    Posté par Ada, 06 novembre 2008 à 16:19 | | Répondre
  • viiiveee laaaa suiiiiisseeee

    Je commence à y prendre gout. va y continue c'est bon.
    P.S: petit guide de survie chez nos amis neutre.
    Le gruyére n'a pas de trou, c'est l'émmental.

    Posté par ton boss, 05 décembre 2008 à 17:07 | | Répondre
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